[Analyse] MLP: FiM, Une leçon de réalisation ?!

Avec des épisodes d’une durée de 22 minutes, sans possibilité de doubler le temps en étendant l’intrigue sur plusieurs semaines, cette capacité est réservée aux débuts et finals de saison, il doit être bien difficile d’écrire un épisode de MLP et n’importe qui ayant essayé de réaliser une vidéo avec une durée imposée pourra en témoigner.

Illustration 2

Pourtant, cette série s’en sort quasi à la perfection, et je vais dans cet article vous expliquer quels sont les points forts de la réalisation de la série, en me basant sur l’épisode qui exprime au mieux cette maîtrise, qui a ému toute la communauté, le 18 ème de la saison 5, “Crusaders of the Lost Mark”, alors si vous ne l’avez pas encore vu, je vous conseille d’éviter de continuer ;)

J’ai choisi cet épisode car il représente à lui l’incarnation de cette excellence dans la gestion du temps, tellement cet épisode est dense. En effet, il a pour mission d’amener la nouvelle quête des crusaders, de développer le personnage de Diamond Tiara, et d’attribuer leurs cuties marks au CMC, et il se paye même le luxe d’avoir une intro très intéressante et parlant de politique. Imaginez-vous, scénariste, ayant un tel cahier des charges, et devant imaginer une histoire respectant un tel cahier des charges, ne devant pas excéder 21 minutes (22 minutes si on compte le générique), disposant d’une scène pré-générique d’introduction, devant créer de l’empathie et de la sympathie pour le personnage de Diamon Tiara, etc… Bref, un vrai casse-tête pour qui veut créer un bon épisode, sans en léser certaines parties !

Et là la série, et plus particulièrement cet épisode, nous donne une véritable leçon de réalisation, en nous fournissant une histoire touchante, intéressante et jamais ennuyant !
Evidemment, cette possibilité repose sur le format de la série, un dessin-animé, qui est par principe toujours plus rapide qu’un film, dans son développement, dans la réalisation des scènes. Prenez par exemple “Inside Out”, le dernier chef-d’oeuvre des studio Pixar, l’histoire va vraiment extrêmement rapidement, les plans sont dynamiques, bref on ne prend pas de pose quand ce serait le cas dans un film en prises de vues réelles.
Avant d’aller plus en avant dans mon analyse, je vais d’abord expliquer ce phénomène, qui maintenant à d’ailleurs tendance à s’atténuer pour certaines productions…
Un dessin-animé à tendance à être plus rythmé à cause principalement de deux facteurs:

  • L’héritage du cinéma d’animation.
    Alors aujourd’hui les progrès réalisé en animations sont incroyables et l’image numérique parvient parfois à donner l’illusion d’une photo réelle, mais ça n’a pas toujours été le cas.
    Ce choix d’avoir un rythme plus soutenu vient de l’animation qui n’était pas agréable à l’oeil (enfin moins qu’aujourd’hui) et donc on avait tendance à privilégier une action rapide pour ne pas mettre en avant ces imperfections. Et on conserve cette méthode aujourd’hui dans la 2D, car on a encore des petites imperfections, et même dans MLP !
  • Le dynamisme du corps.
    Alors là c’est un peu plus compliqué à expliquer, mais si on prend deux scènes, avec un personnage, avec les mêmes paramètres, l’une en animation, et l’autre en prise de vue réelle, la scène en animation risque de paraître plus longue que celle en prise de vue réelle. Pourquoi ? Tout simplement car l’action vie, le personnage respire, cligne des yeux, le décor évolue naturellement, et même si on peut recréer ça en animation, on ne développe pas le même regard envers ces deux univers en tant que spectateur.
    J’espère ne pas vous avoir perdu avec ce petit paragraphe, ce dernier point est vraiment compliqué à expliquer, pour faire un peu plus clair, étant nous même humain, on ressent plus facilement l’action, les émotions and co avec un vrai acteur qu’une animation.

Mais le fait que My Little Pony respecte les codes du genre du dessin-animé ne fait pas tout, et on a vu beaucoup de dessin-animés du genre proposer un rythme parfois bancal, à l’image de Code Lyoko ou encore Martin Mystère, qui sont également des séries non feuilletonnantes mais qui ont parfois des lacunes dans l’utilisation du temps et qui ainsi ne développent pas bien leurs idées ou en passent à la trappe.

Et là où cet épisode est vraiment intelligent, c’est qu’il reprend un principe déjà exploité dans les comédies musicales, le fait de faire passer des messages et émotions en musiques permet, si la musique et bonne et touche le spectateur, de le rapprocher de ce qu’il regarde, le plonger dans l’histoire, et ainsi pouvoir accélérer le rythme. Ainsi une chanson permet de faire passer plus d’émotions et d’idées, sans pour autant donner le sentiment que ce n’est pas assez développé.
Dans ce cas je fais surtout allusion aux chansons de Diamond Tiara, qui sont dix fois plus efficaces qu’une scène traditionnelle pour expliquer la situation. Ainsi en 3 minutes de chanson on fait passer les émotions qu’on aurait dû faire passer au spectateur en une dizaine de minutes, sans pourtant empiéter sur le développement.

Et c’est là le brio de la série en général, il y a une véritable maîtrise dans l’écriture et l’interprétation des chansons, bâtie durant 5 ans, qui permet aujourd’hui de maîtriser le rythme de leurs épisodes. De plus la cible de la série et l’ambiance développée contribue à cela, car il est plus facile d’inclure des chansons dans My Little Pony que dans une série comme Yu-Gi-Oh!

Bon on a vu que l’animation et les chansons permettaient d’accélérer le rythme pour faire passer toutes leurs idées plus vite, mais évidemment ça ne fait pas tout !

Il y a une vraie expérience des scénaristes derrière cet épisode, qui connaissent le fonctionnement de la réalisation des épisodes, et connaissent la durée de leurs scènes. Et ça c’est un point vraiment important.
Un jeune scénariste qui écrit une page de dialogues ne pourra que difficilement déterminer la durée de celui-ci. Dans l’univers du cinéma, cette tâche revient au scripte, mais si on ne veut pas que notre scénario soit saboté à grands coups de marqueur rouge, il faut effectuer ce travail en amont. Donc oui, vous me direz qu’il a juste à interpréter le dialogue en ce chronométrant, et vous aurez en partie raison !
Car je le disais, la connaissance des méthodes de réalisation sont nécessaire, pour déterminer le temps que durera l’action, surtout dans un dessin-animé, et donc la durée d’un plan. Si on a un dialogue de 20 secondes à intégrer dans une scène, le plan ne durera pas pile 20 secondes, et suivant les circonstances, les nécessités scénaristiques, il aura une durée légèrement supérieur de quelques secondes, tout en ayant la possibilité de s’étendre jusqu’à 60 secondes. Tout dépend du contexte de la scène, de la nécessité d’appuyer le dialogue ou pas, bref, de comment la scène sera réalisée. Et là l’expérience fait tout !

Enfin, dernier point important, qui permis la réussite qu’est cet épisode, est le découpage technique. Élément essentiel à la réalisation d’un film ou d’un épisode de série, il va définir les plans qui seront réalisé dans telle scène, ainsi que leurs durées, des sons et de ce qu’on voit à l’image. C’est l’étape préliminaire d’un storyboard. Et ici, il est maîtrisé !

Découpage technique

Chaque plan permet de donner un sens à l’action, ainsi la durée influe sur l’émotion qu’on veut faire passer au spectateur, le changement incessant peut amener à développer inconsciemment chez le spectateur un message. Pour ne prendre qu’un exemple, à la fin, lorsque Diamond Tiara doit choisir entre aller à l’école sur la gauche, ou partir sur la droite vers le kiosque, il s’agît d’un réutilisation d’une technique cinématographique connue. Même si ici elle est plus explicité, car elle s’adresse à un public plus jeune, sachez que si le personnage, ou la caméra, se déplace dans le sens de lecture, donc de gauche à droite, ça va dans le sens de l’histoire, donc inconsciemment ça apporte un effet bénéfique, et inversement de droite à gauche. Ici les dessinateurs l’ont très clairement explicité, mais ce procédé est utilisé de manière plus subtile souvent dans le cinéma (je vous invite à voir “La leçon de piano” de Jane Campion qui en fait un excellent usage ;) ).

Illustration 1

Ici j’ai choisi un exemple grossier, mais l’épisode fourmille de message souvent plus subtiles exprimés par les choix d’animations, mais décidés dès le découpage technique et il me faudrait bien plus de temps pour tous les recenser.

Pour conclure, il s’agît d’un magnifique épisode, qui démontre à lui tout seul les difficultés des personnes travaillant sur la série mais également leur maîtrise du sujet !

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